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"L'on me reprocha également l'équivoque de mes tableaux. Quel
aveu n'est-ce pas de la part de ceux qui s'en plaignent: ils avouent ingénument
leur hésitation quand, livrés à eux-mêmes, ils n'ont pas pour les
rassurer les garanties de quelque vague expert, la consécration du
temps ou un mot d'ordre quelconque.
L'on me reprocha la rareté de mes préoccupations.
Singulier reproche de la part de gens pour qui la rareté est signe de
grande valeur.
L'on me reprocha encore beaucoup de choses et enfin de
montrer dans les tableaux des objets situés là où nous ne les
rencontrons jamais. Cependant, il s'agit là de la réalisation d'un désir
réel, sinon conscient, pour la plupart des hommes. En effet, déjà, le
peintre banal essaye dans les limites qu'on lui a fixées de déranger
un peu l'ordre dans lequel il voit toujours les objets. Il se permettra
de timides audaces, de vagues allusions. Etant donnée ma volonté de
faire si possible hurler les objets les plus familiers, l'ordre dans
lequel l'on place généralement les objets devait être évidemment
bouleversé; les lézardes que nous voyons dans nos maisons et sur nos
visages, je les trouvais plus éloquentes dans le ciel; les pieds de
table en bois tourné perdaient l'innocente existence qu'on leur prête
s'ils apparaissaient dominant soudain une forêt; un corps de femme
flottant au-dessus d'une ville remplaçait avantageusement les anges qui
ne m'apparurent jamais; je trouvais très utile de voir les dessous de
la Vierge Marie et je la montrai sous ce jour nouveau; les grelots de
fer pendus aux cous de nos admirables chevaux, je préférais croire
qu'ils poussaient comme des plantes dangereuses au bord des
gouffres..."
Quant au mystère, à l'énigme que mes tableaux étaient,
je dirai que c'était la meilleure preuve de ma rupture avec l'ensemble
des absurdes habitudes mentales qui tiennent généralement lieu d'un
authentique sentiment de l'existence."
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