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Lewis Carroll
Le poisson, tout d'abord, il le faut attraper.
C'est facile : un enfant, je crois, s'en ferait fort.
Ensuite, ce poisson, il le faut acheter.
C'est facile : un sol y pourrait, je crois suffire.
Ce poisson, maintenant, il le faut préparer !
C'est aisé : d'un instant seulement c'est l'affaire.
Puis alors, sur un plat il le faut disposer !
C'est aisé, car il est dessus depuis toujours.
Apportez-le-moi donc ! Je m'en veux régaler !
C'est un jeu que de mettre un tel plat sur la table.
Mais son couvercle, encore le faudrait-il ôter !
Ah ! ça c'est difficile et j'en suis incapable !
Par quelque colle forte on le croirait fixé...
Le soulever n'est point travail de mauviette.
Des deux tâches, laquelle est la moins malaisée ?
Tenir votre cachon poissé ?
Ou découvrir la devinette ?

D'abord attraper le poisson,
Il ne fuit pas : drôle de poisson qui ne sait pas nager
!
Puis le voilà payé ; espérons
Qu'il coûtait toujours un penny.
Prépare-le-moi pour le dîner...
Poivre et vinaigre, c'est l'affaire d'un instant.
Sous le couvercle, dans son plat
En jolie nacre de Chine, le voilà.
Allons, c'est l'heure du souper.
Est-ce assez d'un, benêt ? Mets-en vingt sur la table !
Le couvercle il faut retirer...
Du pouce et de l'index, la chose est infaisable.
Un couteau à huîtres de bonne qualité
Entre couvercle et plat fermement inséré,
Et bientôt tu sauras l'énigme de la reine :
C'était un dîner de marennes.
Ces vers ont paru dans la revue
"Fun" le 30 octobre 1878.

Marenne
A
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