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Probabilités

"Jamais un coup de dés n'abolira le hasard" Stéphane Mallarmé

un coup de dés
Jamais un coup de dés...

Le problème du Chevalier de Méré

"Au jeu de dés, un joueur professionnel accepte de parier sur la sortie d'un six en quatre coups, car il sait qu'il a 671 chances sur 1296 de sortir un six, contre 625 sur 1296 de n'en sortir aucun. Par contre, le même joueur professionnel n'acceptera de parier sur la sortie d'un double six en 24 lancers de deux dés. Pourquoi ?" (Antoine Gombault, 1607-1684)

Découvrir d'autres problèmes de probabilités >>>

 Les baguettes cassées

"Si on casse une infinité de baguettes, quelle est la probabilité qu'une au moins d'entre elles soit cassée en son milieu ?" (Lewis Carroll, 1832-1898)

Le chaos

"Impasse Berthaud, à Paris, non loin du Centre Pompidou et de sa tuyauterie clinquante, se cachait un petit musée, aujourd'hui disparu, consacré aux instruments de musique mécaniques. On y trouvait des choses étonnantes: des boîtes à musique, de vieux phonographes, des orgues de Barbarie, des pianos mécaniques, des automates en habit qui jouaient de la trompette. Il y avait même un piano à queue où un mécanisme conservait pour l'éternité le jeu de Paderewski, et l'on voyait avec émotion les touches s'enfoncer sous les doigts d'un artiste mort depuis longtemps. La visite guidée se déroulait dans une agréable cacophonie, chaque instrument y allait de sa petite musique, et l'on en sortait étourdi comme après une journée de vacances et émerveillé de tant d'ingéniosité dans l'artifice.

Je m'arrêtais toujours devant un jouet d'enfant, qui semblait là par hasard, et devant lequel la visite ne s'attardait guère. Il s'agissait d'un petit gymnaste en tissu, protégé par une vitre, et agrippé à une barre fixe. Comme il avait les mains occupées, il ne jouait d'aucun instrument: il se contentait de virevolter autour de sa barre. Mais il le faisait de manière si irrégulière, et pourtant si assurée, qu'on l'eût dit animé d'une volonté propre, et changeant d'avis au gré de son humeur ou de sa fantaisie: un coup à gauche, deux coups à droite, encore trois coups à gauche, puis de nouveau cinq coups à droite; les tours s'enchaînaient dans un sens et dans l'autre sans que jamais on pût prévoir ce que ce diabolique pantin allait faire. A voir ces renversements permanents, ces sautes incessantes de direction, on aurait bien pris des paris: combien de tours dans ce sens avant qu'il ne reparte dans l'autre ? Le contraste était saisissant.

D'un côté de belles mécaniques qui, par un jeu de soufflets ou de marteaux, reproduisent une information codée (...) De l'autre, un pantin qui virevolte autour d'une barre fixe, bien modestement, mais sans jamais se répéter : quand il part, on ne sait pas de quel côté il va, et quand il est lancé dans un sens, on ne sait ni pourquoi ni pour combien de temps. Spectacle fascinant parce que toujours surprenant (...)

Ce faisant, je fais appel à l'une des plus vieilles croyances de l'humanité : l'avenir doit reproduire le passé. Ce qui s'est déjà produit se reproduira, et ce qui a été fréquent hier le sera demain. Voilà bien pourquoi nos ancêtres attendaient avec une certaine confiance que le soleil se lève après s'être couché : s'étant déjà levé un grand nombre de fois, il ne manquerait pas de le faire une fois encore (...) Sur ces bases, on peut calculer (mais si, mais si...) la probabilité que le soleil se lève demain matin, sachant qu'il s'est levé tous les jours depuis cinq mille ans au moins; pas plus, car si jamais il avait failli à sa tâche avant l'invention de l'écriture, il n'y aurait pas eu de moyen de nous faire connaître un événement aussi extraordinaire. Le calcul figure dans la littérature scientifique, il a été fait par Laplace en 1812; la légende veut que Laplace ait proposé de parier 1.828.214 contre un que le soleil se lèverait le lendemain, sachant que cinq mille ans font 1.828.214 jours. Aujourd'hui, bien sûr, le soleil ayant assuré cent quatre-vingt-trois ans de service supplémentaire, nous serions en mesure d'offrir des conditions encore plus avantageuses.

Je pense que le lecteur conviendra que la loi d'attraction de Newton, et toute la mécanique céleste, constituent de bien meilleures raisons de croire que le soleil se lèvera demain, et que nous pouvons donc voir arriver la nuit avec plus de confiance que nos ancêtres. mais, en ce qui concerne le petit gymnaste, tant que je n'en saurai pas plus sur la manière dont il fonctionne, je serai aussi démuni que l'homme des cavernes devant la succession des jours et des nuits."

Ivar Ekeland

 
 

 

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Dernière modification le 24 janv. 2004