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Jeu d'échecs

"Avec les échecs, écrit Marcel Duchamp, on crée de beaux problèmes et cette beauté est faite avec la tête et les mains."

 

Marcel Duchamp, Le roi
Marcel Duchamp, Le roi


Les problèmes sur l'échiquier

L'écrivain arabe Asaphad rapporte que Sissa, fils de Daher, imagina le jeu d'échecs, où le roi, quoique la pièce la plus importante, ne peut faire un pas sans le secours de ses sujets >>> découvrez la légende de Sissa !

Le joueur d'échecs

"Je n'avais encore jamais eu l'occasion de connaître personnellement un champion du jeu d'échecs, et plus je m'efforçais de me représenter celui-ci, moins j'y parvenais. Comment se figurer un cerveau exclusivement occupé, sa vie durant, d'une surface composée de soixante-quatre cases noires et blanches ? Assurément je connaissais par expérience le mystérieux attrait de ce "jeu royal", le seul entre tous les jeux qui échappe souverainement à la tyrannie du hasard, le seul où l'on ne doive sa victoire qu'à son intelligence ou plutôt à une certaine forme d'intelligence.

Mais n'est-ce pas déjà le limiter injurieusement de l'appeler un jeu . N'est-ce pas aussi une science, un art, ou quelque chose qui est suspendu entre l'un et l'autre, comme le cercueil de Mahomet entre ciel et terre ? L'origine du jeu d'échecs se perd dans la nuit des temps, et cependant il est toujours nouveau; sa marche est mécanique, mais elle n'a de résultat que grâce à l'imagination du joueur; il est étroitement limité dans un espace géométrique fixe, et pourtant ses combinaisons sont illimitées. Il poursuit un développement continuel, mais il reste stérile. C'est une pensée qui ne mène à rien, une mathématique qui n'établit rien, un art qui ne laisse pas d'oeuvre, une architecture sans matière; et il a prouvé néanmoins qu'il était plus durable à sa manière que les livres ou que tout autre monument, ce jeu unique qui appartient à tous les peuples et à tous les temps, et dont personne ne sait quel dieu en fit don à la terre pour tuer l'ennui, pour aiguiser l'esprit et stimuler l'âme. Où commence-t-il, où finit-il ? Une enfant peut en apprendre les règles, un ignorant s'y essayer et y acquérir une maîtrise d'un genre unique, s'il a reçu ce don spécial. La patience et la technique s'y joignent à une vue pénétrante des choses, pour faire des trouvailles comme on en fait en mathématiques, en poésie, en musique.

(...) Certes, je comprenais en principe qu'un jeu si particulier, si génial, pût susciter des matadors, mais comment concevoir la vie d'une intelligence tout entière réduite à cet étroit parcours, uniquement occupée à faire avancer et reculer trente-deux pièces sur des carreaux noirs et blancs, engageant dans ce va-et-vient toute la gloire de sa vie ! Comment s'imaginer un homme qui considère comme un exploit le fait d'ouvrir le jeu avec le cavalier plutôt qu'avec un autre pion, et qui inscrit sa pauvre petite part d'immortalité au coin d'un livre consacré aux échecs. Comment se figurer enfin un homme, un homme doué d'intelligence, qui puisse, sans devenir fou, et pendant dix, vingt, trente, quarante ans, tendre de toute la force de sa pensée vers ce but ridicule: acculer un roi de bois dans l'angle d'une planchette !"

Stefan Zweig

 Une partie d'échecs

"La peinture ne doit pas être exclusivement visuelle ou rétinienne. Elle doit intéresser aussi la matière grise, notre appétit de compréhension. Il en est ainsi de tout ce que j'aime: je n'ai jamais voulu me limiter à un cercle étroit et j'ai toujours essayé d'être aussi universel que possible. C'est pourquoi par exemple, je me suis mis à jouer aux échecs. En soi, le jeu d'échecs est un passe-temps, un jeu, quoi, auquel tout le monde peut jouer. Mais je l'ai pris très au sérieux et je m'y suis complu parce que j'ai trouvé des points de ressemblance entre la peinture et les échecs. En fait, quand vous faites une partie d'échecs, c'est comme si vous esquissiez quelque chose, ou comme si vous construisiez la mécanique qui vous fera gagner ou perdre. Le côté compétition de l'affaire n'a aucune importance, mais le jeu lui-même est très, très plastique et c'est probablement ce qui m'a attiré."

Marcel Duchamp

 
 

 

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Dernière modification le 25 janv. 2004